Message pour la journée du prisonnier politique
17 avril 2008
Camarades,
Le voile noir de la réaction flotte sur l’Europe. Pas une année sans
qu’un pays ne tombe sous la coupe de la droite extrême. Quant à leurs
adversaires politiques officiels, ils ne valent souvent guère mieux -
si ce n’est qu’ils ajoutent la bonne conscience à la dictature
libérale. L’Otan et le militarisme sécuritaire gagnent du terrain dans
les têtes.
Nous devons partir de ce constat : le mouvement révolutionnaire a
quasiment disparu de l’horizon continental.
Bien sûr, ici et là, des poches de résistance dressent encore nos
drapeaux. Ailleurs, les militants anti-capitalistes s’engagent tant
bien que mal dans des processus de recomposition. Ces processus sont
fragiles et souvent contradictoires mais ils ont l’infini mérite de
dépasser l’aveuglement des ghettos et les alibis sectaires de la
décomposition.
Depuis des années, seule une infime minorité de militants se préoccupe
de la détention politique. Les autres demeurent sourds et absents. Et
beaucoup la nient tout bonnement à coups de postulats dogmatiques.
Pour quelques-uns, il n’y aurait pas de prisonniers politiques ; pour
d’autres, il ne s’agirait que de terroristes ayant le sort qu’ils
méritent. Cette arrogance de la fausse radicalité et ce conformisme
frileux découlent tous deux de nos défaites collectives et du recul
des positions révolutionnaires.
Ainsi les justifications se tricotent à la veillée pour ne jamais
participer aux mobilisations solidaires, chargées aux yeux de beaucoup
de trop de poudre et de sang. Et quand certains y participent, par
exemple, lors d’une campagne contre l’extradition menaçant un
militant, ils se sentent confortés lorsque le détenu, pour se sauver,
renie son engagement passé ou claironne ad nauseam le refrain de
l’innocence.
Ainsi, au fil des années, la dépolitisation s’est installée sur le
terrain de la solidarité. Aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre
dans la bouche de nombreux militants le discours du pouvoir bourgeois
à propos de la loi, du droit et de la justice ; mais surtout et avant
tout, aux yeux de beaucoup, en reprenant la condamnation de la
violence révolutionnaire.
Dans les tentatives actuelles de recomposition de la gauche
révolutionnaire, nous, prisonniers politiques, et avec nous les
membres des groupes de soutien, avons le devoir de replacer au cœur
des préoccupations militantes la question de la détention politique.
Nous devons enrichir de nos expériences et de nos mémoires le camp
anticapitaliste.
Ainsi participerons-nous à la conscientisation et aux actions de
solidarité de classe. Sur le terrain de la détention politique, cette
solidarité réclame des mobilisations conséquentes, une convergence de
larges secteurs et une pratique de longue durée. Sur la base des
combats passés et présents, elle doit se développer autour de deux
revendications permanentes :
- Dissolution des tribunaux d’exception et abrogation des lois spéciales.
- Amnistie des prisonniers politiques.
Cependant, la détention politique n’épuise pas la question de la
prison ni bien évidemment celle de la répression de classe. Mais, plus
que jamais, elle se situe au cœur du système répressif et matérialise
la menace permanente contre tous ceux qui osent s’organiser, lutter,
résister.
La détention politique est le nœud gordien du système répressif. Là où
s’inscrit, jour après jour, en béton et en fil barbelé, la violence de
l’Etat réactionnaire au service du régime autoritaire libéral. La
détention politique constitue un des baromètres du rapport de forces et
de l’antagonisme des classes.
Aujourd’hui, près de 300 prisonniers politiques sont enfermés dans ce
pays. Ils subissent un arbitraire quotidien : censure, dispersion,
brimades, interdits… Certains camarades sont isolés, quelques-uns
depuis des années et des années. Ce traitement a pour but de les
briser et de les retourner contre leur propre engagement. Les
tribunaux spéciaux espèrent ainsi les utiliser dans leurs campagnes de
pacification sociale et politique. Pour l’Etat, un détenu qui agit en
prisonnier politique et revendique son action passée est à éliminer.
Depuis des années, la multiplication des lois sécuritaires et des
instances spéciales (en particulier la perpette réelle et la création
de l’application des peines anti-terroriste) œuvrent à cadenasser le
système du “nouvel anti-terrorisme”. Si cette menace n’atteint pas
encore l’ensemble de la gauche anti-capitaliste, il y a fort à parier
qu’elle s’étendra dès les premiers signes d’une reprise des pratiques
contestataires de masse.
Notre conscience et notre expérience seront alors décisives.
Voilà pourquoi la question de la détention politique doit être
inscrite parmi les points cruciaux de la recomposition de la gauche
révolutionnaire.
La répression des résistances de notre classe mondiale et des peuples
opprimés est l’axe fondamental du programme frauduleusement dénommé
“guerre contre le terrorisme et pour la sécurité”. Cette nouvelle
forme de la lutte de la classe bourgeoise impérialiste inscrit la
criminalisation à chaque étape de la contestation politique.
Comme le procès de travail, la répression, la guerre impérialiste et
la guerre civile sont mondiales, aucun sujet d’actualité ne peut être
abordé séparément de ses implications transnationales. Notre
solidarité de classe est un combat brisant les murs et les frontières.
La semaine passée, sous la bannière d’une cause humanitaire médiatique, la
bourgeoisie défilait en brandissant les photos de militaires et de
policiers colombiens dont beaucoup sont des tortionnaires du régime
narco-libéral et des complices des escadrons de la mort. Il est donc
essentiel d’adresser un message de solidarité aux détenus et guérilleros
des FARC et de l’ELN, sans oublier les camarades chiliens du FPMR détenus
dans les prisons brésiliennes de Lula, ni les prisonniers du PCP et du
MRTA, enterrés vivants dans les geôles du gouvernement social-démocrate
péruvien.
Alors que les forces impérialistes et colonialistes sont engagées dans
l’agression “anti-terroriste” contre les peuples du Moyen-Orient, je
terminerai par un message de solidarité destiné aux prisonniers
politiques et aux résistances palestiniennes, libanaises et
irakiennes, fer de lance des peuples de la région :
- A tous ceux qui subissent les agressions de l’OTAN, des sionistes et
de l’armée US !
- Aux habitants des villes et des camps bombardés.
- Aux populations livrées aux mercenaires et menacées par les
escadrons de la mort et les “assassinats ciblés”.
- Aux résistants arrêtés, enlevés, torturés et déportés à Guantanamo
ou disparus dans les prisons secrètes de la CIA.
- Aux milices ouvrières des quartiers populaires de Bagdad.
- Aux grévistes et aux émeutiers du Caire.
- Aux prisonniers communistes libanais, Samir Kuntar détenu dans les
geôles de l’Etat sioniste depuis 1979 et au camarade Georges Ibrahim
Abdallah, emprisonné en France depuis octobre 1984.
A tous ceux qui résistent !
Votre combat est notre combat !
J. Marc ROUILLAN
Prisonnier Politique d’Action Directe
Prison des Baumettes
Marseille avril 2008
